93ème sur les 93km de l’AMT

L’Ardennes Méga Trail (93km / 4800m D+) se déroule le samedi 24 juin 2017 au départ des Hautes-Rivières près de la frontière belge. Le même jour, il y a également un 54km qui peut se courir en relais et un 12km.

J’ai entendu parler de ce trail en 2010. Il était présenté comme très difficile avec une succession de pentes raides et la remise par l’organisation d’un sachet de survie contenant des gels énergétiques à garder au fond de son sac. Les gels étaient contrôlés à l’arrivée et s’ils avaient été consommés le coureur avait une pénalité horaire. Le concept original m’avait bien plu. Sept ans après je me suis décidé à découvrir les Ardennes, une région que je ne connaissais pas. Je n’ai pas été déçu !!!

Préparation

Un mois avant la course, j’ai arrêté la course à pied pendant trois semaines après m’être déplacé des vertèbres mi-mai. J’ai repris le sport deux semaines avant le départ. Le 10 juin, j’ai couru le Castor Fou (23km / 550D+) et le lendemain j’ai fait une sortie longue (32km / 780D+). J’ai enchaîné sur une semaine choc : une session de montées de marches, une sortie de fractionné, 40km de vélo et une sortie longue (38km / 800D+).

La course

Hébergé dans un hôtel de Monthermé nous avions prévu de nous réveiller à 3h45 pour arriver aux Hautes-Rivières en avance (les bénévoles avaient parlé de difficultés pour se garer). A 4h15, un coureur anonyme quitte sa chambre et me réveille (merci à lui). Avec la fatigue, j’ai dû éteindre mon réveil… Heureusement, j’ai largement le temps de me préparer et de me faire déposer par ma racer crew non loin du départ.

Je n’écoute qu’à moitié le briefing mais retiens que l’organisateur évoque le risque de piqûres de tiques (je me suis aspergé les jambes de spray en prévision) et le balisage orange (que je suivrai toute la journée sans soucis). Les participants du 93km ont l’air tous très aguerris. Certains parlent flamand. L’ambiance est très agréable.

Le départ (aux flambeaux !!) est donné à 5h00. Je me place à peu près au milieu du peloton. Pour étirer celui-ci, on fait un petit tour et on repasse sous la ligne de départ. Sur les vingt premiers kilomètres, je ne suis pas encore bien réveillé donc je cours tranquillement. Il y aura quatre montées d’environ 200m de D+ sur cette première portion. Je double quelques coureurs tandis que d’autres me passent devant rapidement mais je reste dans ma bulle.

A la première descente, je ressens une vive douleur dans le talon. Je me rappelle m’être mal réceptionné après un saut à Fontainebleau il y a deux semaines lors d’une rando. Je me dis que ce trail va être l’occasion de bien travailler la foulée médio-pied. Surtout que j’ai choisi de partir avec les Altra Superior qui ont peu d’amorti. Le reste de mon équipement est également minimaliste. Je suis impressionné de voir plusieurs coureurs avec des vestes de pluie ou des sacs douze litres pleins à craquer. Sur cette partie du parcours je double à deux reprises des coureurs blessés à la cheville en échangeant quelques mots avec eux. C’est vrai que les monotraces sont souvent en dévers. Je trouve très agréable de courir en sous bois : le sol est très meuble et les cailloux sont rares.

Ravitaillement 1 – Haulmé (km 20) – 74ème position

Après 2h35 de course et une longue descente, j’arrive au ravitaillement d’Haulmé qui ne propose que de l’eau. Je ne m’arrête qu’une centaine de mètres plus loin (il me reste encore un litre d’eau) pour faire mes lacets et ranger ma troisième gourde dans mon sac. Alors que nous montons une petite bosse qui précède une grande montée de 250m de D+, je discute avec un coureur céleste vétéran du Tor des géants. Je suis content d’évoquer ces bons souvenirs. Il me dit transpirer beaucoup. C’est aussi mon cas : il fait très chaud alors qu’il est encore tôt. Je discute avec deux coureurs qui connaissent bien l’épreuve : un jeune qui a déjà terminé à plusieurs reprises le 93km et un coureur de la région qui a terminé le 54km. On arrive sur les hauteurs surplombant Bogny-sur-Meuse. Puis c’est la descente vers la ville.

Ravitaillement 2 – Bogny-sur-Meuse (km 27) – 74ème position

J’arrive en 3h35 de course au ravitaillement qui est un peu plus conséquent. J’en profite pour remplir mes deux bidons en y ajoutant un sachet de poudre énergétique. Je bois 3 gobelets de coca, mange une poignée de chips. Puis traverse l’usine avant de quitter le ravitaillement. C’est chouette de courir avec un local : il m’explique que l’usine de métaux lourds a été reprise par ses salariés en coopérative. Nous quittons Bogny et grimpons sur une pente de 200m de D+. J’en profite pour faire des photos des méandres de la Meuse et de la statue qui contemple le paysage.

Ravitaillement 3 – Deville (km 32) – 79ème position

Un autre ravitaillement près d’un stade est très proche. Je le rejoins après 4h33 de course. J’en profite pour remplir mes bidons et boire de l’eau. Il commence à faire bien chaud. La partie suivante est composée de deux grosses montées et de plusieurs petites. Je cours le plus souvent seul. Je croise des coureurs qui se sont perdus et double des concurrents qui commencent à être fatigués. Je réalise qu’à chaque fois que j’entends une parole négative, je réponds par quelque chose de positif : je suis dans une bonne dynamique mentale. Je m’amuse de voir un jeune d’Ile de France descendre toutes les pentes à fond sans se soucier de s’économiser : ça créé une bonne ambiance. Nous longeons une rivière (difficile de ne pas plonger les pieds dans la boue !) avant de passer à côté de Revin. On entend un speaker : je pense être arrivé à Anchamps. Lorsque l’on s’en éloigne petit à petit je réalise que cela n’avait rien à voir avec le trail. J’essaye de rester positif. Il reste d’ailleurs une petite montée avant d’entamer la descente vers la mi-course.

Ravitaillement 4 – Anchamps (km 51) – 65ème position

J’arrive en 7h45 au ravito de la mi-course. Ma racer crew m’y attend !!! C’est top !!! Je remplis mes deux bidons et y ajoute un sachet de poudre énergétique. Je récupère mon sac d’allègement, enfile des chaussettes propres en appliquant du nok sur mes pieds qui n’ont pas souffert. Je pulvérise à nouveau de l’anti-tiques sur mes jambes. Je place dans mon sac trois barres de gommes Clif (j’en ai moins mangé que prévu et il m’en reste deux). Puis je m’assois et discute avec ma copine en avalant des poignées de chips, trois gobelets de coca et des barquettes à la fraise. Je commence à regretter de ne pas avoir pris de Pom’potes… Après une belle pause, il faut bien repartir !! Après le ravitaillement, on traverse la Meuse et on attaque une belle pente de 250m de D+. Je repars tranquillement pour prendre le temps d’assimiler « tout » ce que j’ai mangé. Je discute avec un coureur vétéran dont j’avais déjà repéré la foulée caractéristique du compétiteur aguerri. On parle un petit peu de la Diagonale des fous dont il a la casquette. Je lui demande si on est proche du ravito. Et bien non ! Il m’annonce qu’on arrive bientôt à la fameuse côte de Madagascar (150m de D+ à 40%). Quand je lui demande quand : il me dit maintenant. On bifurque à gauche pour se retrouver face à un mur. Des spectateurs ont fait le déplacement. Il m’annonce qu’il va adopter un pas d’alpinisme : c’est bien vu. Je grimpe en m’efforçant de ne pas m’arrêter. Arrivé en haut, on passe par un joli parcours à travers les rochers pour accéder à un beau point de vue.

Ravitaillement 5 – La petite commune (km 65) – 73ème position

Après une longue descente, j’arrive en 11h21 de course au gite « au bord de Meuse ». Il y a uniquement de l’eau mais je ne m’en prive pas. Il y a même des chaises longues. Je remplis mes deux bidons, y ajoute un sachet de poudre énergétique puis je repars rapidement. La partie suivante est composée de deux grosses montées.

Le parcours est un peu plus technique. On traverse un pierrier puis on escalade plusieurs passages dans les rochers : c’est sympa !! Les paysages sont toujours aussi jolis. Je me concentre sur ce que je vois car je commence à sentir la lassitude m’envahir.

Ravitaillement 6 – Maison forestière des Cerceaux (km 75) – 92ème position

J’arrive en 13h51 de course au ravitaillement suivant. Je procède au traditionnel  remplissage de mes bidons, bois du coca, mange des chips et des barquettes à la fraise. Ma racer crew arrive et on discute ensemble. Je lui fais pars de ma volonté de réduire le nombre d’ultra-trails dans mon année car je ne m’amuse plus trop depuis la mi-course. Je sais que je vais finir mais je ne ressens plus beaucoup de plaisir. A côté de nous un coureur est malade comme à chaque ravitaillement (ce qui ne l’empêchera pas de finir). Son épouse me fait bien rigoler en annonçant à toutes les personnes réunies que : « c’est un sport de cons, il souffre pendant toute la course et il continuera de s’inscrire ». Ça résume assez bien une partie de l’ambivalence de ce sport. Je repars pour affronter encore deux belles montées. Celles-ci sont bien raides et non en lacets, à la longue c’est usant.

Ravitaillement 7 – Naux (km 86) – 94ème position

J’arrive en 15h59 au dernier ravitaillement en eau. Il y a un tuyau d’arrosage et j’en profite pour mouiller ma casquette (c’est ce que j’ai fait à chaque traversée de cours d’eau). Je remplis une dernière fois mes bidons. Il ne reste plus qu’une grande montée. Les organisateurs ont disposé tout au long de la course des panneaux avec des explications sur les légendes des environs. Sur la fin de parcours, c’est distrayant de les lire. Je finis par revenir aux Hautes-Rivières. La course se termine par la traversée de la Semoy. Toute la journée, j’ai rêvé de m’y baigner mais finalement je ne pense plus qu’à passer la ligne d’arrivée, je suis vidé.

Ma racer crew trottine avec moi sur les cents derniers mètres et je passe la ligne d’arrivée avec soulagement après 17h14 de course en 93ème position (sur 185 finishers).

Juste après, j’ouvre le cadeau (« à ouvrir une fois la ligne d’arrivée passée ») d’un collègue, vais prendre une douche et me fais manipuler par un ostéopathe. On profite ensuite du repas d’après-course très sympathique avant de rentrer à l’hôtel.

Bilan

Je suis très heureux d’avoir terminé cette épreuve difficile. C’est rassurant pour la suite de ma saison. Courir en forêt était très agréable. Encore une fois, je suis content de mon choix de courir en Altra Superior, des chaussures assez minimalistes mais qui tiennent les longues distances. Je ne regrette pas non plus de m’être efforcé de courir le plus légèrement possible. Avec des ravitaillements aussi peu fournis (ce qui était annoncé dès le départ et fais parti de la spécificité de l’épreuve), j’aurais peut-être dû plus varier mes apports solides. Au total, je n’ai mangé que cinq barres de gommes alors que j’en avais prévu dix…

Équipement

Chaussures Altra Superior 3.0, chaussettes Injinji trail, short Patagonia strider pro 5″, t-shirt sans manche Patagonia, sac Ultimate Direction TO Race Vest 3.0, Porte Bidon Ultimate Direction AMP, 3 flasques  (eau + poudre énergétique), casquette Altra, 5 barres de gommes Clif, 2 petits sacs de congélation avec de la poudre BioDrink Punch Power, Iphone SE, Garmin Foretrex 401, soft cup Salomon, lampe frontale Petzl Reactik +, couverture de survie, sifflet, bande adhésive élastique, paquet de mouchoirs.

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