Finir la Leadville 100 en Leadville 1210

leadville-trail-100-run-logoLa Leadville Trail 100 Run (160 kilomètres / 4800m D+) se déroule le samedi 20 août 2016 à Leadville, Colorado entre 2800m et 3800m d’altitude (à un peu moins de 2h de voiture de Denver). Tout comme pour la Leadville Silver Rush 50 Run que j’ai courue en juillet, la course est constituée d’un aller-retour (sauf que la distance est double !!!).

La ville de Leadville est un lieu mythique du trail qui à la fermeture de la mine a réorganisé une partie de son économie autour des sports outdoor pour attirer des sportifs afin de financer les études des jeunes de la ville. Leadville race series organise de nombreuses courses (à pied : 10k, marathon… ou en vtt). Ayant gagné au tirage au sort le droit de m’inscrire à la Leadville 100 après avoir terminé la Leadville 50, je suis de retour à Leadville un mois plus tard pour la course phare.

La veille de la course ont lieu la remise des dossards, la dépose des drop bags et le briefing suivi d’un repas d’avant course. Le briefing est extrêmement motivant. L’histoire de la ville est expliquée par le couple d’organisateurs qui annonce que « honnêtement, la course va être difficile » dans un gymnase comble… Des drapeaux de plusieurs pays sont accrochés aux murs (36 nationalités sont représentées ainsi que les 50 États américains). Le plus jeune inscrit à 18 ans et le plus âgé 73 ans !!! 25% des inscrits ont déjà couru la Leadville 100, Eric Pence l’a déjà terminée 21 fois. Les multiples participations sont symbolisées par des boucles de ceintures de tailles différentes que les coureurs arborent avec fierté. L’esprit de la course est énorme !!! Les organisateurs répètent les phrases qui sont devenues les devises de la course : « You are better than you think you are, you can do more than you think you can » ; « vous allez creuser profondément (dig deep) au fond de vous-même pour atteindre une source inépuisable d’énergie ». À la fin du discours, les coureurs s’engagent à ne pas abandonner en criant à trois reprises « I commit I won’t quit ! ». C’est très émouvant !! Il n’empêche que je repenserai à ces phrases durant les moments difficiles de la course (et il y en a eu…).

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Préparation

Deux semaines avant la course, j’ai terminé les 38 miles de la Telluride Moutain Run. J’ai ensuite fait un entraînement à Boulder : 3 peaks à 2600m d’altitude (23km, 1700m D+ en 5h) et un footing à Cheesman Park (12km en 1h). Nous retournons dans la super chambre d’hôtes que nous avions prise pour la Silver Rush. L’ambiance est top : il n’y a que des coureurs. Le gérant va même être race crew pour un coureur de Hong Kong en lui apportant du soutien à chaque ravitaillement. Mon objectif est de passer en dessous des 25h (le maximum est 30h).

La course

Sur la ligne de départ, je retrouve Kevin avec qui j’avais couru la Silver Rush. Ça fait plaisir de voir un visage connu. Il sera pacer dans la journée. L’ambiance est assez calme à 4h00 du matin. Il ne fait pas trop froid. Le départ est donné après le recueillement devant le drapeau en écoutant l’hymne américain. Je pars à mon rythme dans la nuit le long d’une rue qui descend plein ouest. Très rapidement nous sommes sur une piste. Après une petite montée dans laquelle je marche pour m’économiser, nous rejoignons les rives du Turquoise Lake que nous allons longer sur un petit sentier jusqu’au 1er ravito. L’air est frais et humide. Je balaye le sol avec ma frontale pour éviter les racines, je suis bien. Cette partie est quasiment sans dénivelé, de petites bosses mises à part.

J’arrive rapidement au 1er ravito de May Queen au 21ème km en 2h de course (1h15 d’avance sur la barrière horaire). Je suis content de mon allure. Je bois un verre de coca et repars. Le sentier monte et descend dans la forêt. Il y a ensuite une montée de 300m de dénivelé sur une piste. Alors que le jour se lève, je monte en alternant marche et course en discutant avec un coureur d’Amérique du Sud. Nous descendons ensuite une pente de 500m de dénivelé négatif sur une piste bien abîmée pendant qu’un motard de l’organisation nous filme avec un drone. La partie suivante est quasiment plate et se court sur la route. J’en profite pour parler des trails dans le monde avec un coureur américain sans voir le temps passer.

J’arrive au 2ème ravito de Outward Bound situé au 39ème km en 4h10 de course (1h50 d’avance sur la barrière horaire). Là encore je suis très content de mon allure. J’aperçois l’organisateur et vais le remercier. Je profite du drop bag pour laisser mon t-shirt à manche longue et récupérer des barres de gommes Clif. Une bénévole regarde le drapeau français accroché sur mon sac et me dit qu’elle se demande si je ne suis pas italien : elle y était presque !! Je repars en débardeur après avoir mangé un morceau de banane et bu des gobelets de cocas. Il commence à faire très chaud. J’ai bien fait de troquer le buff contre la casquette. La partie suivante est dure pour moi car très roulante. Nous commençons par courir dans un champ plein de trous, puis sur le bord de la route pendant des kilomètres avant de rejoindre une piste. Heureusement que l’on passe devant des accompagnateurs très généreux en encouragements.

J’arrive à Half Pipe au 46ème km en 5h10 de course (2h10 d’avance sur la barrière). Le ravitaillement est super sympa. Comme à chaque ravito, je sors de ma poche un petit mot numéroté d’encouragement de ma copine. J’explique tout ça à un bénévole curieux. C’est bon pour le moral. La suite du parcours se déroule en forêt avec une montée d’un peu plus de 200m de dénivelé. Le temps est magnifique et on peut apercevoir sur notre droite les sommets Elbert et Massive qui culminent à plus de 4000m. Je suis super bien !!

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Après une descente en forêt, j’arrive au 3ème ravitaillement de Twin Lakes au 63ème km en 7h10 de course. Il est 11h10, j’ai désormais 2h50 d’avance sur la barrière horaire. Je bois un coca et récupère des barres de gommes Clif dans mon sac d’allègement. Le gros morceau de la course arrive : une montée de 1000m de dénivelé positif au moment le plus chaud de la journée !!! Mais l’organisation a bien prévu les choses : après quelques centaines de mètres le sentier est inondé. J’enlève mes chaussures et avance les pieds dans l’eau. Un coureur me double et me dit que ce n’est que le début des passages humides et que je ferais mieux de garder mes chaussures. Je suis son conseil et arrive à une rivière avec un niveau d’eau plus élevé : l’eau est bien froide, ça rafraîchit !! Une corde est mise à la disposition des coureurs. Petit plus, une pancarte indiquant : « on espère que vous appréciez »…

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Je monte calmement la montée. Le paysage est magnifique !! Je finis par arriver au ravitaillement un peu avant le col. L’endroit est très sympa, il y a des lamas qui broutent autour des tentes. Je bois un coca et repars. Dans la montée, je croise les premiers qui redescendent : wahoo !!!

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En arrivant au col de Hope Pass au 72ème km après 9h40 de course (2h40 d’avance sur la barrière horaire), je me retourne et prends une photo du magnifique paysage qui s’offre aux coureurs. Puis c’est la descente : je croise Julien Jorro un coureur français en 4ème position, puis Timothy Olson qui n’est pas en forme. Dès que l’on croise des coureurs aux US : on entend : « Good job !! », « Nice work !! » Je joue le jeu. Après une petite montée, je commence vraiment à fatiguer et à me sentir pas bien. J’ai un peu mal au ventre et je suis contraint de m’arrêter pour faire une pause. Je me force à avancer pour rejoindre le demi-tour.

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J’arrive à Winfield au 80ème km après 11h10 de course (2h50 d’avance sur la barrière horaire). J’aurais fait le retour comme l’aller cela aurait été parfait, malheureusement ça n’a pas été le cas. C’est la traditionnelle question : « Suis-je parti trop vite ? ». L’avantage c’est que j’ai pris beaucoup d’avance. Je bois plusieurs verres de coca, récupère des barres de gommes Clif dans mon drop bag et prends le temps de mettre de la crème solaire, de la nok et des chaussettes propres. Bon bah il va falloir faire tout le chemin accompli en sens inverse, à commencer par une belle montée de 800m de dénivelé positif. J’y vais tranquillement. Dans la montée, je croise et encourage beaucoup de coureurs.

Je repasse au col d’Hope Pass au 88ème km après 13h50 de course (2h40 d’avance sur la barrière horaire). Je profite de la descente pour me détendre et repasse les rivières (en fin de journée c’est moins rigolo).

À 19h40, je reviens à Twin Lakes au 97ème km en 15h40 de course (2h d’avance sur la barrière horaire). Une belle surprise m’attend, ma « best race crew à elle toute seule » à fait la route pour venir m’encourager !!! C’est top !!! Je suis super content de la voir. Ça me fait beaucoup de bien de discuter avec elle. Je récupère mon drop bag, change de chaussettes, enfile un t-shirt technique à manche courte Odlo et un t-shirt à manches longues North Face, un buff et place sur ma tête ma frontale. Je récupère dans mon sac des barres de gommes Clif et prends un bouillon de pâtes au ravitaillement. Ma copine m’accompagne pour repartir sur les premiers mètres puis je lui dis à demain… À la nuit tombée, j’attaque calmement la montée de 400m de dénivelé positif qui suit. Mais je me sens vraiment mal. Je fais plusieurs pauses sur des rochers. Les coureurs qui me doublent me demandent si ça va. Comme toujours on répond « ça va ». Sur cette partie de la course, beaucoup sont accompagnés par des pacers. Je suis vraiment mal. Le bouillon de pâtes ne passe pas. Ce que je pense identifier comme un goût de viande me dégoute. Pour la première fois en trail, je vomis pour évacuer tout ça. Ça va un peu mieux, j’ai pris la bonne décision. Je me dis que de toute façon, je n’abandonnerai pas alors autant en finir au plus vite !! Au plus vite… enfin presque. J’enfile ma gore-tex car il commence à faire froid.

Trois heures après avoir quitté le ravitaillement, je rejoins Half Pipe au 114ème km en 18h40 de course (2h30 d’avance sur la barrière). J’essaye de me réchauffer auprès du feu. Je ne suis pas assez équipé et ma polaire est dans le sac d’allègement de Winfield : pas de bol !

Je me force à courir jusqu’à Outward Bound situé au 121ème km en 20h20 de course (2h40 d’avance sur la barrière horaire). Je ne suis plus en mesure de dire au bénévole « ce n’est que du plaisir ! ». Je récupère tout ce que je peux dans mon drop bag et enfile sur les deux t-shirts que je porte un t-shirt à manche courte North Face et un sans manche Patagonia : on fait comme on peut. Je suis frigorifié et la fatigue n’aide pas. Je repars pour attaquer la dernière montée de 400m. J’avance, j’avance, le plus souvent en marchant, parfois en claquant des dents. Mon Garmin Foretrex n’a plus de batterie, moi ça va encore !!

Je rejoins May Queen au 139ème km en 24h25 de course (2h05 d’avance sur la barrière horaire). A ce stade de la course, j’ai du mal à manger. Je longe le lac en suivant deux coureurs alors que le jour se lève. Il fait toujours aussi froid. Le paysage avec la brume sur le lac est sublime : quel lever de soleil !! Je finis par enlever ma gore-tex. Comme souvent sur les ultras pour moi la fin est interminable. Je vais mettre 4h15 pour faire ce que j’ai fait à l’aller en 2h : avec l’euphorie des débuts de course, je ne m’étais pas rendu compte à quel point ces 21km étaient longs.

Et puis on retrouve la route et les encouragements des spectateurs. Je cours en direction de la ligne d’arrivée que je passe après 28h39:41 de course, 195ème sur 340 finishers. L’organisateur me passe la médaille autour du cou et me dit « c’est bien fiston! « . Je tombe dans les bras de ma race crew.

La cérémonie d’après course est à la hauteur de ce trail. Chaque finisher est appelé par son nom pour recevoir une boucle de ceinture.

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Les Leadman et Leadwoman qui ont terminé plusieurs courses des Leadville series reçoivent une pioche de mineur. On va ensuite chercher dans l’après midi une veste de finisher avec les nom, prénom et temps réalisé floqués sur la manche : c’est la classe !

Bilan

Même si je suis un peu déçu d’avoir explosé et d’avoir fini la course en me traînant (ce qui doit être la conséquence d’une mauvaise gestion pas très bien identifiée), je suis très content d’avoir relevé le défi de rajouter un ultra dans ma saison déjà bien chargée, de m’être accroché et d’être allé au bout. Nous sommes nombreux à avoir souffert de l’altitude (Timothy Olson, avec qui j’ai eu la chance de parler après la remise des prix me dira avoir vécu un peu la même chose… mis à part qu’il était dans le top 10… bien sûr !). Dans notre chambre d’hôtes, il y a eu plusieurs abandons à cause de l’altitude également. Si j’étais habitué à monter à 4000 puis à redescendre, je n’étais pas préparé à rester aussi longtemps en altitude.

Quoiqu’il en soit, cette course est mythique à plus d’un titre et a sa place en haut de la liste des plus belles courses de la planète.

Équipement

Chaussures New Balance 1210 Leadville v1 (à Leadville, je ne me voyais pas prendre d’autres chaussures 🙂 ), chaussettes Injinji trail, short Patagonia strider pro 5″, t-shirt thermique à manches courtes Odlo, t-shirt à manches longues Patagonia, veste Patagonia Super Cell, sac Salomon slab 12, 2 flasques Hydrapack (eau + poudre), 4 barres de gommes Clif, casquette Boco gear, Iphone SE, Garmin Foretrex 401.

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leadville-trail-100-run-mapMa course sur Strava

Le site de la courseleadville-trail-100-run-logo-2-leadville-race-series

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