Haute Randonnée Pyrénéenne

du 13 juillet au 14 août 2013hrp-logo

Le genre de voyage dont on ne rentre jamais totalement, ma plus longue randonnée réalisée à ce jour, des moments intenses qui sont encore très présents dans ma mémoire… Une réalisation qui me permet ensuite de me lancer dans de longs trails en haute montagne sur plusieurs jours.

Juste avant le départ le sac pesait moins de 20kg… mais pas tellement moins. J’ai quitté le travail à Paris un vendredi après-midi et je suis monté dans un TGV en direction d’Hendaye. Arrivé tard, j’ai du passer la frontière pour trouver une chambre d’hôtel dans la ville d’Irun.

J1- 13 juillet – Hendaye / juste après le col de Lizuniaga

Je me suis levé tôt. Arrivé à Hendaye j’ai croisé le GR10 et l’ai suivi à travers le centre ville jusqu’à l’océan Atlantique. J’ai trempé mes mains dans l’eau en pensant à l’aventure à venir : un parcours d’environ 800km et 42.000 D+ qui se fait traditionnellement en 41 jours. Il va falloir faire plus vite : je n’ai « que » 33 jours de vacances…

Pour ce premier jour, j’avance tranquillement à travers le Pays Basque en observant les chevaux nains et les habitations typiques. Le parcours n’est pas forcément bien balisé alors je ne me presse pas. Je discute avec un randonneur hollandais qui me dit que sans piolet je ne pourrais pas réaliser tout le parcours… Je passe devant les ventas (boutiques pour touristes) du col d’Ibardin. La montée à la Rhune (905m d’altitude) en plein soleil est un peu dure. Arrivé en haut, je commande un coca (c’est rigolo le format espagnol est différent) et me repose un peu. Au col de Lizuniaga, je ne trouve pas d’eau et l’auberge est fermée. Je double une jeune femme qui s’apprête à faire la HRP en solo et prépare le parcours avec son compagnon. Je suis bien content de trouver ensuite une fontaine sur le bord du chemin pour remplir mes bouteilles. Je marche jusqu’à trouver un espace d’herbe suffisamment plat pour poser ma tente. J’aurais ainsi randonné plus de 8 heures (ce sera le cas pour chacune de mes étapes).

J2 – 14 juillet – juste après le col de Lizuniaga / juste après la frontière et avant le village des Aldudes

Au petit matin, je replis ma tente et reprends la marche. J’arrive rapidement au col de Lizarietta à cheval entre l’Espagne et la France. La HRP passera régulièrement d’un pays à l’autre. Le parcours traverse des forêts et longe de nombreuses palombières (en bois ou en pierre). Lors du déjeuner, alors que je me suis installé sur un gros rocher, une nuée de vautours me tourne autour. Je ne suis pas très rassuré, surtout quand je vois leur envergure de plus près alors que certains se posent à proximité. J’arrive au village d’Elizondo mais ne trouve pas de commerce ouvert en cette fin d’après-midi. Je repars et commence de monter des sentiers dans la forêt jusqu’au col d’Urbalo. Ensuite l’orientation n’est pas simple. Arrivé au col Beorzu Argibel, je passe par dessus les barbelés qui symbolisent la frontière. Après, il n’y a plus de sentier, le guide conseille de descendre droit dans la pente. Quand je trouve un espace d’herbe assez plat, je décide de poser ma tente. Je suis content : en 2 jours j’ai fait presque l’équivalent de 3 étapes.

J3 – 15 juillet – avant les Aldudes / juste avant Béhérobie

Rapidement, j’arrive au petit village des Aldudes. Je suis très content car le guide annonce que pendant cette étape je vais croiser pendant 2h des pèlerins en route sur les chemins de St Jacques de Compostelle. Je monte jusqu’à la redoute du Lindux (1220m d’altitude) sur un parcours difficile à déterminer. Je croise 2 prêtres avant même d’arrivée sur le chemin de St Jacques. Je descends ensuite au col de Roncevaux et prends le chemin des pèlerins en sens inverse (en direction de St Jean-Pied-de-Port). Je croise quelques pèlerins, étrangement des indiens et des asiatiques. J’échangerais avec eux des salutations en anglais mais je n’aurais pas les discussions que je m’étais imaginé. Après le col Lepoeder (1430m d’altitude), ma marche se complique : le guide indique qu’il faut suivre la frontière matérialisée par des barbelés. Je suis resté côté français et marche sur plus d’un kilomètre dans de la végétation piquante qui ralentit ma progression. Je fini par passer par dessus les barbelés et suivre une piste côté espagnol. Les indications ne sont pas suffisantes, je ne suis pas sûr d’aller au bon endroit… Après de nombreuses heures de marche je descends vers le hameau de Béhérobie et pose ma tente un petit peu avant le village au bord d’un champ. A la lecture des cartes, je me rends compte que le seul intérêt de descendre était l’auberge dans laquelle je ne m’arrêterais pas. Le lendemain, je croiserais des randonneurs restés sur le sentier afin de ne pas perdre d’altitude. Je ne regrette pas mon choix, conforme à ma volonté de ne pas couper le parcours.

J4 – 16 juillet – avant Béhérobie / après le col Bagargui

Cette journée annonce un dénivelé record de 1800m D+. Je monte tout d’abord au col d’Errozaté (1076m d’altitude) où je discute avec un couple de randonneurs qui réalisent leur 5ème HRP. Ils me parlent des dangers des chiens de ferme et des patous qui gardent les troupeaux et plus particulièrement celui que nous risquons de croiser dans la descente. Le guide propose de descendre par la route ou de passer par des sentiers pour éviter la bergerie ce que je vais faire. Arrivé en bas, je vais vivre mon premier moment d’orientation HRP : le guide annonce : « 15 mètres en aval du pont s’élever sans sentier, assez raide vers le sud-est… ». Je vais passer une bonne partie du début d’après-midi à monter droit dans la pente sans savoir où je vais. A mi-chemin je fais une pause pour le déjeuner en terminant mon dernier sandwich saumon fromage préparé à Paris (après 4 jours de marche en plein soleil il était temps…). J’avale également une boîte de conserve de sardines en buvant toute l’huile !! : je sens que mon corps sollicite plus d’énergie que je ne peux lui offrir. J’aperçois beaucoup d’aigles dans le ciel. Arrivé à un col, je retrouve le couple de Hrpistes : ils sont passés par la route pour éviter la belle montée que je viens de réaliser. Je discute ensuite avec Stéphane qui a tenté 3 fois la HRP et l’a terminé 1 fois : il m’explique que le mental compte beaucoup dans cette aventure. Nous allons marcher ensemble dans l’après-midi pour monter au plateau d’Occabé, impressionnant avec ces gros rochers, puis descendons au chalet Pedro. J’en profite pour jeter tous mes déchets et acheter un coca. Je laisse Stéphane près d’un lac artificiel où je remplis mes bouteilles avant d’attaquer une nouvelle grande montée qui me mène au col Bagarguiac dans le complexe des chalets d’Iraty. Je prends une douche chaude et achète des provisions en discutant avec une mère qui fait une partie du GR11 avec son fils. Je m’élève ensuite au-dessus des chalets pour prendre de l’avance et entamer la 6ème étape du guide. Je vois au loin le pic d’Ohry par lequel je vais passer. C’est le premier sommet à 2000m d’altitude depuis l’Océan qui marque le début de la crête qui sépare France et Espagne. Les Hrpistes m’ont expliqué que le passage était un peu délicat. Je pose ma tente sur une magnifique étendue herbeuse.

01-pic-dohry

J5 – 17 juillet – après le col Bagargui / refuge de Belagun

J’ai fêté le 14 juillet avec 3 jours de retard !! Je me lève après une nuit blanche durant laquelle je suis resté accroupi, tout habillé, sous ma tente alors que le ciel n’a pas cessé d’être illuminé en rouge et jaune tandis que le tonnerre grondait et que le vent malmenait ma tente. J’ai eu peur. Bonne nouvelle au petit matin : la tente ne prend pas l’eau. Malgré le déluge d’eau, elle a tenu bon. Je replie mes affaires et commence de monter la pente en longeant de nombreuses palombières. Après un col, je monte sur la crête de Zazpigagn. Le passage est très aérien, non balisé et le guide ne donne que peu d’explications sur le parcours à adopter. Avec mon sac assez lourd, je désescalade sur 60m de D- et arrive enfin à passer cette crête sur laquelle je n’étais pas du tout à l’aise. Je monte ensuite au pic d’Orhy (2017m d’altitude).

02-pic-dohry J’effectue la descente dans le brouillard et discute avec un groupe de néo-zélandais bien entraînés. Les émotions de la matinée m’ont donné de l’énergie, j’avance d’un bon pas pour rejoindre Port de Larrau. Le chemin est plus simple que ce qu’annonçait le guide grâce à un nouveau balisage de randonnée côté espagnol. Les promeneurs sont nombreux. Je ne m’arrête pas au refuge pastoral d’Ardané fin de la 6ème étape. Après le passage de plusieurs cols, je décide de planter ma tente non loin du refuge de Belagun en essayant au maximum de l’abriter du vent derrière un mur de roche.

J6 – 18 juillet – refuge de la Belagun / après le pont Lamarech

Au réveil, je constate que ma tente est abîmée : avec le vent qui était extrêmement fort, l’un des arceaux s’est cassé. Le prix à payer pour la légèreté de la tente ! J’effectue une réparation avec des bandes adhésives de strap et le mini tube fourni avec le kit de dépannage. Je monte ensuite au col d’Errayzéko pour découvrir les paysages magnifiques karstiques. En suivant les sentiers qui évitent la route, je me perds un peu et marche hors sentiers dans les lapiaz.

03-apres-le-col-errayzeko

Après le col de la Pierre Saint-Martin, je fais une pause au très sympathique refuge Jeandel, conseillé par le guide, pour y acheter quelques provisions dont des pommes. Je monte ensuite le long des pistes de la station en me disant que je pourrais au passage monter au pic d’Annie (2504m d’altitude). Je passe devant un camp de base de spéléologues européens (cet endroit est très réputé…). Mais le parcours est extrêmement difficile à suivre et les indications du guide légères. Quand un épais brouillard recouvre tous les rochers je me perds. J’essaye de suivre un cap dans un chaos d’immenses rochers et d’éboulis. Les passages de désescalade ne sont pas facilités par mon sac. Je suis parfois contraint de rebrousser chemin car les marches sont trop vertigineuses. Après beaucoup de hors-sentier, j’arrive finalement au col des Anies et continue mon chemin en descente. Après plusieurs heures perdues dans le brouillard, comme le guide souligne que le parcours est entièrement hors-sentier en terrain accidenté et nécessite une bonne visibilité, je décide de ne pas passer par la variante de la Table des Trois Rois.

Ce n’est pas la fin de ma journée hors chemin de grande randonnée. Je réalise que je suis sur un sentier qui est environ 100m au dessus du pont près duquel j’ai prévu de passer la nuit. S’ensuit une descente glissante à travers ronces et branchages qui me griffent les jambes.

J7 – 19 juillet – pont Lamarech / refuge d’Arlet

Pour mon 7ème jour de randonnée, je vais terminer la 9ème étape du guide. En remontant une piste à travers des sous-bois, je rejoins rapidement les abris pastoraux d’Ansabère. Je monte ensuite sans sentier des pentes herbeuses raides (c’est l’esprit HRP : on coupe droit dans la pente !). Après avoir suivi une ligne de crête, j’aperçois le lac de la Chourique. Je descends ensuite côté espagnol, en croisant un grand groupe d’enfants d’une colonie de vacances religieuse espagnole, pour remonter au col de Pau et entrer dans le parc national des Pyrénées.

04-lac-de-la-chourique Après le col de la Cuarde, 2 énormes patous me bloquent le passage en montrant les crocs. Dès que je fais mine de m’approcher, ils redoublent d’aboiements et aucun berger ne se montre. À flanc de pente abrupte, il n’y a pas moyen de les contourner. Une bergère apparaît des dizaines de minutes plus tard et les rappellent. Ouf ! Je peux passer. Je finis par arriver au refuge d’Arlet (2000m d’altitude). Il n’y a pas de douche, mais la jeune aide-gardienne de refuge me recommande de me baigner de lac, ce que je fais après avoir avalé une tablette de chocolat et un coca achetés au refuge. Après la baignade au savon d’Alep, je fais ma lessive et avale à nouveau une tablette de chocolat et un coca. Je pose ensuite ma tente près d’un névé devant le refuge à côté de plusieurs autres tentes. On parle stratégie d’alimentation avec des randonneurs.

05-refuge-darlet-2000m

J8 – 20 juillet – refuge d’Arlet / Gaves de Bious

La nuit a été agitée : ça a commencé par une grosse dispute (de jeunes espagnols étaient un peu trop festifs au goût de randonneurs français qui voulaient dormir) et a été suivi par un orage très proche des tentes. Avec les illuminations des éclairs, la pluie et le vent, je n’ai que très peu dormi. Mais la tente (réparée) a tenu bon.

06-lac-darlet

Au petit matin, je discute avec les jeunes espagnols. J’ai déjà réalisé un quart de ma traversée ! Je quitte les abords du lac et commence ma journée de marche. Je descends ensuite du col de Lapachouaou d’où la vue est splendide.

07-pla-despelunguere

Et là, je commets une erreur d’orientation en montant à un col hors du parcours de la HRP. Revenant sur mes pas, je retrouve le bon sentier et traverse la passerelle d’Espélunguère. Je monte ensuite dans la forêt jusqu’au col du Somport (1632m d’altitude) accessible par la route. J’achète du coca, des provisions et des gâteaux que je déguste en terrasse en discutant avec un groupe de retraités des modèles de sacs de rando Cilao. Arrivant de l’est et approchant de la fin de leur traversée, ils m’annoncent que la neige est très présente. Je les quitte pour continuer ma marche, entamer la 11ème étape du guide et monter à la station de sport d’hiver espagnole d’Astun. Je monte ensuite au col des Moines (2168m d’altitude) et repasse en France. Le col est enneigé, je me dis que les retraités avaient raison. Cette première neige est annonciatrice d’un périple où le blanc va prédominer.

08-col-des-moines-2168m

La descente suivante se fait hors piste pendant une trentaine de minutes et 168m de D-. J’arrive à la gave de Bious et monte à la cabane de Peyreget par un sentier assez raide. Je cherche un emplacement pour ma tente mais beaucoup d’arbres morts ont été frappés par la foudre et le ciel est menaçant. Je préfère redescendre à la gave de Bious pour me mettre à l’abri, non loin d’un campement scout. Les vaches m’observeront dîner de l’autre côté de la rivière.

J9 – 21 juillet – Gaves de Bious / refuge de Respomuso

Après m’être levé, je remonte à la cabane de Peyreget (1920m d’altitude) et commence l’ascension, parfois hors sentier sur de gros blocs de pierre, du col de Peyreget (2300m d’altitude). Je contourne tout d’abord le lac puis évolue dans des pierriers.

09-lac-de-peyreget-2074m

10-avant-le-col-de-peyreget

Le paysage est magnifique et la neige très présente : j’utilise à plusieurs reprises les crampons, mais surtout l’appareil photo. Après le col, je descends vers le lac de Pombie et son refuge.

11-apres-le-col-de-peyreget

12-pic-du-midi-dossau

13-apres-le-col-de-peyreget

14-apres-le-col-de-peyreget

15-refuge-de-pombie-2032m

16-refuge-de-pombie-2032m

Arrivé au refuge de Pombie (2032m d’altitude), j’achète un coca que je bois en terrasse. Le gardien du refuge me dit que si je continue la HRP en chaussures de trail et avec aussi peu d’équipement, je serais rapidement rapatrié en hélicoptère. Je ne me laisse pas démoraliser et entame la 12ème étape du guide en descendant le vallon jusqu’à la gave de Brousset que je traverse sur un pont à 1350m d’altitude. Après avoir traversé une route, je monte en lacet dans la forêt puis dans la montagne jusqu’au col d’Arrious (2259m d’altitude) que je longe pour atteindre plus loin le lac du même nom.

17-lac-darrious-2285m

18-passage-dorteig

Après le lac, j’emprunte le passage d’Orteig entaillé sur la face nord du pic du lac d’Arrious. Heureusement qu’il y a un câble car la pente est vertigineuse.

J’arrive ensuite au refuge d’Arrémoulit alors qu’il commence de pleuvoir. Je me dis que je vais attendre un peu le temps que ça se calme. Le refuge est bondé de touristes venus faire une ballade à la journée. Une grande tente a été montée à côté du refuge pour accueillir plus de monde. Ce n’est plus seulement de la pluie qui tombe mais aussi des éclairs. Un fort orage arrive. Un groupe d’alpinistes rentre au refuge avec un blessé au bras cassé. Ils annoncent qu’il n’y a plus qu’un groupe sur le retour et que le temps est catastrophique plus haut. Il est 16h, je ne me sens pas à ma place dans cette ambiance. Sur mon GPS, je devine le parcours à suivre. Je demande au chef du groupe qui a ramené le blessé quoi faire quand on entend l’électricité avant que l’éclair frappe. Il me dit qu’il ne veut pas répondre à ce genre de question. Un membre de son groupe m’explique que le mieux à faire est de jeter au loin tout ce qui est métallique et de s’accroupir sur son sac à dos. Je le remercie et me décide : je ne vais pas m’arrêter là, je vais continuer coûte que coûte. Il y a encore 200m D+ à monter dans la neige dans une tempête de grêle. J’enfile mon sur-pantalon, ma polaire, ma gore-tex et mets mon buff sur ma tête pour me protéger de la grêle qui fait mal. J’enfile mes crampons et quitte le refuge. Sur-motivé, je grimpe au pas de course alors que je vois les éclairs tomber non loin. En un temps record, j’arrive au col Arrémoulit (2448m d’altitude). Il n’est plus question de sortir la carte avec cette grêle. La trace GPS indique de redescendre en direction de lacs que j’aperçois en bas. Sauf qu’aucun sentier n’est visible avec la neige. Je n’hésite pas plus de quelques secondes avec les éclairs et descends droit vers les lacs. Je dois parfois faire demi-tour quand je me retrouve face à des barres rocheuses infranchissables. C’est vertigineux, je m’aide beaucoup de mes mains. Mais je me dis que plus je descends, moins il y a de risque d’être frappé par la foudre. A l’approche des lacs d’Arriel, je m’inquiête un peu : je vais devoir contourner le lac par des pentes abruptes de neige gelée, si je glisse je vais tomber directement dans le lac dont l’eau n’a pas l’air des plus chaude… Comme je suis pressé par l’orage, je continue de descendre en assurant chaque pas avec un coup de crampon. Arrivé finalement du bon coté du lac, j’immortalise cette super après-midi par 2 photos.

19-lacs-darriel-2230m

20-lacs-darriel-2230m

Le sentier que je dois suivre ensuite passe sans cesse d’un côté à l’autre d’un torrent. Comme celui-ci est en crue avec l’orage, j’avance parfois avec de l’eau au-dessus du genoux, mais je me sens plein d’énergie après les passages précédents. Je suis heureux de vivre ces moments. Je suis pendant un certain temps un sentier à flanc de pente, autour duquel beaucoup d’arbres ont été brûlés par la foudre, ce n’est pas rassurant. J’arrive enfin au barrage de Respomuso (2120m d’altitude). Je suis bien content de retrouver la civilisation et d’apercevoir la petite chapelle. Le refuge de Respomuso est juste après, j’y arrive alors que la nuit commence de tomber.

J’ai de la chance, il reste une place en dortoir et je peux même commander un plat chaud. Le refuge est essentiellement fréquenté par des espagnols. Je discute avec des belges qui cheminent sur le GR11. Je peux aussi faire sécher mes affaires, jeter ma trousse à pharmacie qui est trempée et étaler les photocopies de mon guide qui sont aussi mouillées. Je suis plus inquiet pour mon smartphone qui ne veut plus s’allumer… Il marchera à nouveau le lendemain : ouf ! J’étais seul dans la montagne durant l’orage et c’est difficile de partager cette expérience avec les randonneurs présents dans le refuge qui s’inquiètent de ne pas pouvoir poursuivre le GR11 avec la pluie.

21-barrage-de-respomuso-2120m

22-barrage-de-respomuso-2120m

J10 – 22 juillet – refuge de Respomuso / refuge des Oulettes

Je réalise qu’en suivant la trace GPS dans la tempête sans consulter les cartes, je me suis engagé sur la 13ème étape bis du guide qui passe par le sud du massif Balaïtous. Comme le guide décrit un beau circuit spectaculaire, je vais continuer la HRP par cette étape. Une belle journée s’annonce : les paysages sont sublimes et le ciel est d’un bleu sans nuage.

23-lac-de-respomuso

24-respomuso

25-respomuso

26-lac-de-respomuso

Je passe près du barrage de Campo-Plano en essayant de sauter par dessus des torrents. Je grimpe en direction du col de la Fache en même temps que 2 jeunes espagnols qui comptent monter au sommet de la Grande Fache. Le col est complètement sous la neige alors que la descente sur l’autre versant est plus bucolique. La vallée du Marcardeau est superbe. J’arrive au refuge Wallon Marcadeau mais je ne m’arrête pas et entame la 14ème étape du guide.

27-col-de-la-fache-2664m

28-pla-de-loubosso

29-refuge-wallon-marcadau

Je monte ensuite au grand lac d’Arratille (2247m d’altitude), puis au col du même nom (2528m) et au col des Mulets (2591m). Dans la descente, la vue sur le Vignemale est incroyable. J’aperçois un chamois (ou un isard comme il est appelé dans les Pyrénées).

30-col-darratille-2247m

31-a-la-descente-du-col-des-mulets-2591m

J’achète quelques provisions au refuge des Oulettes de Gaul et plante ma tente sur un immense plat au pied de la face nord du Vignemale.

J11 – 23 juillet – refuge des Oulettes / champ des Holles – Gavarnie

Au réveil, la vue sur le Vignemale est impressionnante. Je monte à la Hourquette d’Ossoue (2734m d’altitude) et en profite pour monter au petit Vignemale (3032m) qui donne une belle vue sur le grand. Je descends ensuite au refuge de Bayssellance (2651m) où l’aide gardienne m’explique qu’il est possible de s’envoyer des colis dans les refuges (ce qui permet d’avoir un ravitaillement beaucoup plus fréquent qu’avec mon système de poste restante dans les grandes villes).

32-refuge-des-oulettes-de-gaube-face-nord-du-vignemale

33-vignemale

34-vignemale

35-refuge-de-baysselance

36-dans-la-descente-apres-baysselance

En quittant le refuge de Baysselance, j’entame la 15ème étape du guide. Je descends vers le barrage d’Ossoue alors qu’une petite pluie commence de tomber. Alors que j’arrive à l’abri du barrage, elle s’est transformée en orage. L’abri d’environ 4 places est bondé, je ne peux y entrer et me contente de m’abriter en dehors. Des randonneurs du GR10 décident de suivre la piste pour aller à Gavarnie. Je préfère continuer par le parcours de la HRP qui passe par des sentiers beaucoup plus jolis. Je finis par être récompensé : la pluie s’arrête. J’arrive à la prairie de Holle au refuge du Caf. Je plante ma tente et profite du refuge pour prendre une douche et faire des lessives.

J12 – 24 juillet – champ des Holles / cirque de Troumouse

Je me lève après une nuit encore très agitée par un orage et beaucoup de vent. Je suis devant la poste de Gavarnie pour l’ouverture !! Je vais récupérer mon premier colis en poste restante que mon amie Claire a posté quelques jours avant. Je récupère des vivres pour 10 jours et des vêtements propres. Je renvois dans un petit paquet les vêtements que j’ai pu laver au refuge. Un Hrpiste Sébastien récupère également son colis dans lequel il a eu la bonne idée de glisser des billets. J’aurai du faire la même chose car, manque de chance, l’unique distributeur de Gavarnie est hors-service… Je dépense mes derniers euros en vivres et m’offre des croissants pour le petit-déjeuner. Je quitte Gavarnie (1375m d’altitude) en direction de son fameux cirque sur le sentier très fréquenté par les touristes qui me rappelle des souvenirs d’enfance. Je passe par le refuge des Espuguettes (2027m) et monte à la Hourquette d’Alans (2430m). Avant le barrage des Gloriettes, je décide de ne pas aller à Héas par la route mais de prendre la variante conduisant à l’auberge Maillet qui permettra de faire le lendemain l’étape 17 bis présentée dans le guide comme l’un des plus beaux tronçons que l’on puisse parcourir au fil de la HRP. Il est indiqué que c’est un itinéraire de haute-montagne réservé aux randonneurs très expérimentés, à n’entreprendre que par temps sûr. Les épreuves des jours passés m’ont donné confiance pour tenter l’aventure. Le chemin pour rejoindre l’auberge Maillet donne le ton : c’est du hors-piste sans sentier. A l’auberge (1830m), je bois un coca et demande des infos sur la météo. Un vieux monsieur me donne des conseils pour passer le col de la Munia et le fameux passage des Deux Sœurs photos à l’appui : ces conseils vont m’être très précieux. Il me recommande de ne pas dormir à côté de l’auberge mais de monter immédiatement à la cabane des Aires dans le cirque de Troumouse pour gagner du temps pour le lendemain. Je monte donc au cirque (2100m) et commence de chercher la cabane. Après une bonne heure de recherche, je la trouve occupée par deux jeunes espagnols qui n’ont pas l’air ravi de me voir. Je décide d’aller planter ma tente plus loin.

J13 – 25 juillet – cirque de Troumouse / forêt après Bielsa

La journée commence par un passage digne d’Indiana Jones. Il faut s’extraire du cirque par le haut. Le seul moyen est d’emprunter un étroit passage. Grâce aux indications du guide et du vieux monsieur, je repère deux énormes rochers coniques à la base des falaises : les Deux Sœurs de Troumouse !! Quand la moitié droite de la seconde est dissimulée par la première, je leur tourne le dos et gravi un couloir oblique raide gelé. Comme je n’ai que mes crampons, j’avance avec beaucoup de prudence. Une chute serait très problématique. Je rattrape les deux jeunes espagnols : ils ont chacun un piolet mais se partagent une paire de crampons. Les pentes raides de neige gelées se succèdent : j’ai l’impression de faire de l’alpinisme (avec le sac bien chargé ce n’est pas simple). A 2610 mètres d’altitude, j’arrive sur un replat et escalade un petit mur. Je rattrape deux autres groupes partis plus tôt et arrive enfin sur une moraine qui me mène au col de la Munia (2853m). Tout est enneigé, c’est très beau !

37-cirque-de-troumouse

38-deux-soeurs

39-replat-superieur-avant-le-col-de-la-munia

Je descends ensuite dans des gros rochers recouverts de neige et contourne le lac supérieur de la Munia (2540m) puis le lac inférieur (2515m). Je remonte dans la neige jusqu’au col de Las Puertas (2530m) et m’y arrête pour déjeuner. Je discute avec un Hrpiste, Mathieu, qui connaît la majorité des Hrpistes que j’ai doublé. On chemine ensemble jusqu’à Parzan le long d’une piste où a lieu une course à pied de scouts espagnols. Je réalise d’autres achats dans une supérette de Parzan après y avoir bu un coca. Puis je quitte Mathieu pour descendre à Bielsa en espérant y trouver un distributeur de billets. Je marche ainsi 3km sur la route (hors de question de faire du stop durant cette traversée qui se fera uniquement en marchant !). Je repars de Bielsa et entame la 18ème étape bis du guide bien plus intéressante que celle partant de Parzan. Je vais ainsi remplacer 1500m de route puis 11km de piste par des sentiers en forêt et du hors-piste en montagne.

J14 – 26 juillet – forêt après Bielsa / Prat Cazeneuve

Cette journée commence bien : j’ai de l’argent liquide pour les dépenses à venir et suffisamment de vivres pour plusieurs déjeuners. Je commence de monter dans la forêt et dépasse des tentes à côté du torrent. Le reste de la matinée se fait en hors piste pour rejoindre le col de Pardinas (2263m d’altitude) et en descendre (les indications du guide sont du type : « monter dans l’herbe, trouver un abreuvoir… »). J’arrive ensuite au refuge de Viados dans lequel je prends un coca puis je repars et entame la 19ème étape du guide. Je passe sur le parcours balisé d’un trail : ça me fait plaisir mais je ne vois pas de coureurs. Il y a un peu de hors sentier ensuite. A un moment, il faut traverser un torrent. Je préfère trouver un endroit pour sauter par dessus. Les pentes sont parfois assez raides. En passant devant un abri, je retrouve Sébastien. Il a interrompu sa HRP pour faire quelques sommets en Espagne. Je le laisse et continue de monter jusqu’au col d’Aygues-Tortes supérieur (2683m). Alors que je fais une pause je vois arriver Mathieu. Nous sommes au milieu de nul part, mais on peut lire des explications sur la région sur de petites pancartes. La descente du col se fait hors piste. Nous nous arrêtons pour passer la nuit à Prat Cazeneuve (2050m) à côté d’un abri occupé par un québécois qui fait la HRP accompagné de ses deux filles. C’est sympa d’entendre leur accent en discutant avec eux. La nuit sera très agitée par un vent fort.

J15 – 27 juillet – Prat Cazeneuve / refuge du Portillon

Le lendemain, je descends au refuge de la Soula (1700m d’altitude) et en profite pour me débarrasser de mes déchets. Je monte ensuite au barrage de Caillauas (2160m) où le vent froid est vif. Je continue de monter en direction du lac des Isclots (2398m). Je croise deux groupes de randonneurs retraités qui ont fait demi-tour et me disent qu’il est impossible de continuer plus haut. Ils m’expliquent qu’il y a beaucoup trop de neige, que des ponts de neige s’écroulent et que les gendarmes leur ont déconseillé de passer par là. Je ne me laisse pas décourager et vais voir ça de plus près. Effectivement, il y a beaucoup de neige. Je suis amené à réaliser un saut au-dessus d’un torrent d’un bloc de neige à un autre mais j’arrive tout de même à progresser jusqu’au col des Gourgs-Blancs (2877m) grâce à mes crampons. J’y retrouve Mathieu.

40-col-des-gourgs-blancs

41-col-des-gourgs-blancs

42-la-tusse

La descente du versant est du col est pentue. Avec la neige gelée au sol et le vent c’est un vrai challenge pour ne pas tomber. Avec Mathieu, on commence par se tromper et descendre au Lac Glacé qui porte bien son nom et est complètement gelé. Nous rebroussons chemin et atteignons le col du Pluviomètre (2810m) que nous aurions dû rejoindre dès le début (c’était simple : il y a un pluviomètre dessus…). Pour finir la journée, je monte au sommet de la Tusse (2889m) avant de redescendre au refuge Jean Arlaud ou refuge du Portillon (2568m) à côté du lac du même nom. Les emplacements pour les tentes entourés de murs de grosses pierres sont remplis de neige et le vent souffle très fort. Mathieu propose que nous dormions au refuge. C’est une bonne idée : ce sera ma 2ème nuit en refuge sur cette HRP. La gardienne du refuge nous offre un repas chaud ! J’en profite pour prendre une douche bien chaude. Le refuge est occupé par des alpinistes : l’un fait de magnifiques croquis de sommets, l’autre nous montre un plan affiché au mur qui retrace le parcours de la HRP en nous disant que c’est une belle marche. Il y a aussi un groupe d’amis rugbymen venus pêcher et fêter ensemble la fin de la saison. La nuit au refuge nous évitera un bel orage.

43-refuge-jean-arlaut-du-portillon

J16 – 28 juillet – refuge du Portillon / plan des Aigualluts

À 7h du matin, la gardienne du refuge annonce que dans 3 heures l’orage va reprendre et que si on souhaite quitter le refuge pour redescendre en vallée il faut y aller maintenant. C’est ce que nous faisons : sauf que nous allons monter, tout d’abord au col inférieur de Literola (2983m d’altitude), puis au Portal de Remune (2831m). Le passage des deux cols se fait dans le brouillard. Heureusement que j’ai la trace GPS pour cette partie de la HRP car les pentes sont très raides et complètement enneigées. A un moment, je m’engage au bord d’un col qui n’est pas celui par lequel nous devons descendre et lorsque le brouillard se lève un peu, je réalise que je suis en surplomb sur une congère au dessus d’un à pic d’une dizaine de mètres. La descente dans la neige n’est pas évidente. Nous arrivons au fond du cirque de Remune (2400m). Après c’est une très longue descente jusqu’à l’Hospital de Benasque (1760m) où Mathieu va attendre un de ses amis venu l’accompagner et le ravitailler.

44-portal-de-remune

45-fond-du-cirque-de-remune

46-fond-du-cirque-de-remune

Je traverse la vallée par plan d’Estans jusqu’à la fin de la piste où s’arrête la navette pour les touristes. J’en profite pour acheter un coca. C’est l’occasion de discuter avec un trailer d’Oc venu faire le sommet Aneto. On se donne rendez-vous à l’échappée belle (un trail de 140km et 10.000m de D+) quelques semaines plus tard. Je discute aussi avec Eva une hollandaise, prof d’escalade, qui a commencé par la HRP mais qui maintenant passe par les GR pour amoindrir la difficulté. Il n’est pas tard : je monte au refuge de la Renclusa (2140m) d’où les alpinistes s’élancent pour gravir l’Aneto. Je descends ensuite au Forat dels Aigualluts (ou Trou du Toro) gouffre aux sources de la Garonne. Je suis embêté car il est indiqué que le camping est interdit dans cette zone et le seul abri que j’ai trouvé ressemblait plus à un abri à moutons très sale. Je tourne beaucoup dans la vallée du plan des Aigualluts pour trouver un bon emplacement abrité tant du vent que des regards. Je finis par trouver un endroit sympa mais il est occupé : heureusement par Eva. Je lui demande si ça la dérange que je pose ma tente à proximité. Elle me répond qu’au contraire ça l’arrange car elle a un peu peur d’un homme qui tourne comme je l’ai fait dans la vallée. Si ça se trouve le pauvre était lui aussi juste à la recherche d’un campement. Sébastien arrive à son tour et pose sa tente non loin de la mienne.

47-plan-destans

48-plans-dels-aigualluts

J17 – 29 juillet – plan des Aigualluts / hospitau de Vielha

Au réveil, je replis la tente mouillée à cause de la proximité des rivières. Nous laissons Eva qui va emprunter un autre chemin et allons au fond de la vallée. Ensuite nous montons petit à petit en hors sentier. Nous progressons jusqu’au pic de Mulleres (3010m d’altitude). Sébastien est content : c’est son 100ème sommet de plus de 3000m d’altitude. Nous descendons ensuite au col de Mulleres (2928m). La descente sur l’autre versant n’est pas évidente, très raide et nécessite beaucoup de désescalade.

49-depuis-le-pic-de-mulleres

50-col-de-mulleres51-col-de-mulleres

Nous descendons dans la neige. Heureusement que j’ai pris ces crampons ! Nous dépassons le grand lac de Mulleres (2390m) et décidons d’aller déjeuner dans le magnifique abri métallique à proximité. Mathieu nous rejoint puis son ami Olivier. Nous descendons tous ensemble à Hospitau de Vielha. Malheureusement toute la structure est fermée. Les autres posent leur tentes à côté de la rivière. Olivier a garé sa voiture avec des vivres pour Mathieu sur le parking. Il ne me reste plus grand-chose à manger : je décide de descendre le GR11 pour me ravitailler dans un autre refuge : Conangles. Puis, je reviens à Hospitau de Vielha. Eva nous retrouve également. Mais un des arceaux de sa tente se casse. Nous essayons sans succès de le réparer : elle dormira à la belle étoile.

52-hospitau-de-vielha

53-hospitau-de-vielha

J18 – 30 juillet – hospitau de Vielha / lac de Cap-de-Port

Au petit matin, nous nous séparons. Eva va faire du stop, Sébastien prends la direction des Encantats pour faire d’autres sommets et je laisse filer Mathieu et Olivier qui avancent plus vite que moi sur cette 23ème étape du guide. Je commence par monter 700m D+ jusqu’au port de Rius (2320m d’altitude) et fais le tour du lac.

54-lac-de-rius

55-lac-de-rius

56-lac-de-rius

57-entre-le-lac-de-rius-et-lestany-tort

58-estany-tort

59-estany-tort

Je monte ensuite à l’estany Tort (2340m). Il fait un temps magnifique : c’est trop tentant ! Je me baigne dans le lac, lave toutes mes affaires et les fait sécher sur un gros rocher lisse sur lequel je vais déjeuner. Je grimpe ensuite à l’Estau del Mar (2468m ou 2510m selon le guide qui hésite entre les cartes). La descente vers le lac du même nom (2230m) n’est pas évidente et je ne passe pas loin de glisser.

60-col-de-lestau-del-mar

61-lac-de-mar

Après avoir contourné le lac à travers des éboulis de grosses roches, je descends au refuge de la Restanca (2000m) situé au bord d’un autre lac magnifique. Je m’achète un coca et prends une douche chaude dans le refuge. Il est normalement interdit de camper dans ce massif. J’en parle aux gens du refuge qui m’invitent à m’écarter des chemins pour camper.

62-lac-de-la-restanca

63-lac-de-cap-de-port

Je quitte donc le refuge de la Restanca pour entamer la 24ème étape du guide et monter au lac de Cap-de-Port (2240m). Au lac, je sors du sentier pour dîner derrière un gros rocher et monter ma tente à la nuit tombée.

J19 – 31 juillet – lac de Cap-de-Port / Estany pedo

Après avoir replié ma tente, je monte au Port de Goellicrestada (2475m d’altitude). La vue sur l’estany des Monges est impressionnante.

64-lac-de-cap-de-port

65-estany-des-monges

Après une descente, je remonte au port de Caldes (2560m). Je descends ensuite au refuge de Colomers (2110m) à côté du barrage du lac du même nom. J’y achète un sandwich pour le déjeuner ainsi que 4 cocas… Je traverse le barrage et monte au Collet Cloto (2160m). La suite est hors sentier et nécessite de bien s’orienter.

66-apres-le-collet-cloto

Après être passé devant une mine abandonnée, je monte au col Pigader (2450m). Dans la descente, je fais un détour pour passer au refuge de Saboredo où j’achète un coca. Je discute avec le jeune gardien qui écoutait du reggae à fond. Il me dit que l’hiver c’est l’endroit parfait pour faire du snowboard de randonnée. Je retrouve ensuite la piste. Après m’être rendu compte que j’ai laissé passer une bifurcation, je reviens sur mes pas et m’élève par un sentier assez raide qui rejoint le Port de la Bonaigua (2072m) au milieu des remontées mécaniques. J’achète un dessert à la cafétéria et voit arriver Olivier et Mathieu. Nous quittons le Port de la Bonaigua et entamons la 25ème étape du guide. Le hors sentier pour monter au col d’Estany Pedo (2330m) est compliqué. Nous hésitons sur le chemin à prendre et sur l’endroit où nous pourrions planter nos tentes. Nous descendons ensuite sur les rives de l’estany Pedo où nous installons notre campement. On se baigne dans le lac puis on fait un feu car les moustiques commencent à arriver. J’essaye de me couvrir le plus possible mais je n’arriverais pas à éviter quelques piqûres.

67-estany-pedo

68-estany-pedo

J20 – 1er août – estany Pedo / passerelle de la Peña

Au matin, je découvre de nombreuses piqûres de moustiques… Je monte au lac Rosari supérieur (2290m d’altitude) en croisant des troupeaux de chevaux sauvages. Le hors piste est très sauvage. Un anglophone rencontré plus tard me dira s’être complètement perdu dans cette zone. Je retrouve Olivier et Mathieu au refuge Gracia-Airoto (2200m) et continue ma marche vers Col del Clot de Moredo (2420m).

69-lac-rosari-superieur

Olivier et Mathieu me rattrapent et nous descendons en hors piste sur Alos des Isil (1280m). Je les laisse poursuivre leur HRP et fait un aller-retour à Isil située à 3,1km pour acheter du ravitaillement. Revenu à Alos des Isil, je remplis mes bouteilles à la fontaine du village et entame la 26ème étape du guide en marchant jusqu’à la passerelle de la Peña. Je décide de camper un petit peu avant dans un champ car la pente est ensuite trop raide pour une tente.

J21 – 2 août – passerelle de la Peña / replat après l’abri Enric Pujol

Je commence cette journée en traversant la passerelle de la Peña (1320m d’altitude). Je monte ensuite jusqu’à un plateau puis en hors piste à travers un pierrier d’énormes rochers. J’atteins le col de la Cornella (2485m), une échancrure en V dans une ligne de crête. La descente est raide et délicate. Après avoir contourné un lac, je monte au col de Curios (2428m) pour me diriger ensuite vers le lac supérieur de Calberante. Je passe devant une vache morte dans un torrent : une bonne raison de ne pas boire n’importe quelle eau en montagne… J’arrive ensuite au col de Calberante (2610m). Je contourne ensuite 3 lacs en hors piste sur d’énormes roches polis. Après un saut d’un peu plus d’un mètre par dessus le torrent, je rejoins l’abri Enric Pujol (2280m) où un anglophone parti le 1er juillet compte passer la nuit. Je le quitte après avoir discuté avec lui et commence la 27ème étape du guide. A 1730m d’altitude, je repère une cabane où je me dis que je pourrais passer la nuit. En marchant dans sa direction, j’aperçois un couple qui l’occupe. Ils font la « Transpyr » qui ressemble à la HRP à l’envers depuis le 15 juillet. Je vais planter ma tente un peu plus loin en essayant de la protéger du vent avec des murs de pierres car un orage menace. En allant faire ma lessive des vêtements portés ce jour après m’être lavé dans le torrent, je laisse échapper mon savon qui disparaît rapidement dans le courant… oups !

70-col-de-la-cornella-depuis-le-col-de-curios

J22 – 3 août – replat après l’abri Enric Pujol / estany Romedo de Baix

Au petit matin, je descends au hameau de granges de Noarre (1600m d’altitude). Je rencontre un botaniste transhumant avec lequel je fais un petit bout de chemin. Il est super intéressant et m’explique que beaucoup de plantes sont comestibles et m’en fait goûter certaines. Il me montre une anémone soufrée jaune assez rare et révélatrice d’un terrain volcanique. Puis je monte au col (2570m) situé à l’est du Piquet de Guerosso. Dans la montée, je me fais doubler par un groupe d’espagnols venus faire ce sommet. Je ne les accompagne pas et grimpe au col de Certascan (2605m) avant de descendre pour contourner le lac et rejoindre le refuge du même nom (2240m). Au refuge, j’achète un coca et un marbré au chocolat dont je mange la moitié immédiatement. Je discute avec Alex un espagnol ayant fait ses études en France. Il fait la porta del cel (un parcours de 5 étapes alpines créé par le gardien du refuge).

71-lac-de-certascan

Je repars alors qu’il commence de pleuvoir et commence la 28ème étape du guide. La suite du parcours est un peu hors sentier pour franchir la petite crête Serra de Lhuri proche des lacs de Romedo. Je croise trois marcheurs faisant la Transpyr avec des sacs de trail Raidlight. Après un col (2250m), je descends en passant devant l’estany Romedo de Dalt (2114m) et rejoins l’estany Romedo de Baix. Je fais une pause sous l’abribus du terminus de la piste menant au lac en discutant avec une famille. J’en profite pour finir le marbré au chocolat. Je descends au barrage et traverse la digue. Il n’y a plus vraiment de sentiers ensuite : je navigue d’un côté à l’autre d’une rivière en cherchant un espace suffisamment large pour accueillir ma tente que je finis par poser entre de gros rochers. Avant de me coucher, je vois passer un groupe de traileurs espagnols.

72-estany-romedo-de-baix

J23 – 4 août – estany ponedo de Baix / Vicdessos

Après m’être levé, je monte au Port de L’Artigue (2481m d’altitude). Il n’est pas simple de trouver quelle brèche permet de traverser la crête frontière et de repasser en France. Mais la récompense est là : une belle vue sur une mer de nuage.

73-port-de-lartigue

Je repasse en France après 6 étapes consécutives en Espagne et descends au plateau de Mespelat (1789m). Mais comme la passerelle permettant de traverser le torrent est arrachée, je passe à gué plus loin. Arrivé au parking de l’Artigue, je découvre des arrêtés préfectoraux évoquant des crues liées aux orages… Je vais quitter le parcours de la HRP pour rejoindre la ville de Vicdessos où m’attend mon deuxième colis. Je marche 9km au bord de la route. Je repère la poste, elle est fermée le dimanche. Je prends une nuit au camping. La patronne est super sympa et me prête de la lessive : je vais pouvoir à nouveau laver les vêtements que je vais renvoyer. J’achète un énorme nougat, un pain d’épice, une immense pizza et 3 oranginas que j’avale devant les regards médusés des campeurs (ces derniers jours j’avais faim en permanence). Je discute avec un couple de cyclotouristes ardéchois (les seuls campeurs à avoir une tente minuscule comme la mienne). Important pour la suite de mes aventures : je fais un grand ménage, retourne mon sac et le secoue avant de me coucher.

J24 – 5 août – Vicdessos / grand étang du Picot

Je discute à nouveau le matin avec les ardéchois, déguste 2 chocolatines, achète des provisions au supermarché et fonce à la poste récupérer mon colis. Je quitte Vicdessos vêtu de propre avec un sac plein à craquer de provisions. Je trouve un sentier pour ne pas revenir sur le parcours par les 9km de route : parfait ! Je m’arrête au gîte de Mounicou (1087m d’altitude) et prends un coca pour soutenir la propriétaire qui selon le guide a fait l’objet de rumeurs indiquant la fermeture du gîte. J’entame ensuite la 29ème étape du guide. La montée est très dure. Arrivé à Tignalbu (1787m), je fais une pause et décide de placer sur mon sac, comme chaque jour de beau temps, mon capteur solaire qui me permet de recharger mon téléphone. Je me rends alors compte de la perte d’une petite pièce vitale pour faire le lien entre le capteur et la batterie… Je me revois secouer mon sac au camping… oups ! Je décide de ne pas rebrousser chemin et monte au grand étang du Picot (2286m) auprès duquel je plante ma tente.

74-grand-etang-du-picot

75-grand-etang-du-picot

J25 – 6 août – grand étang du Picot / cabane Serrera

Je monte à l’étang supérieur du Picot (2416m d’altitude) et atteins la crête nord du pic Malcaras (2645m) en laissant ma main glisser sur les câbles qui assurent cette progression difficile. Il faut ensuite atteindre une autre crête en hors piste puis descendre en évitant les barres rocheuses vers le grand étang de Fourcat et le refuge du même nom (2445m).

76-crete-nord-du-pic-de-malcaras

77-etang-fourcat

78-etang-fourcat

Au refuge de l’étang Fourcat, le gardien a laissé un mot indiquant qu’il revient avec le pain à 13h ; il est 10h, je n’aurai pas mon apport en sucre et caféine traditionnel. Je discute avec 3 jeunes puis reprends mon chemin. En repartant sur la 30ème étape du guide, je me trompe complètement et prends la variante alpine qui longe l’étang et passe au pied du pic de Tristaina. Mais ce parcours est extrêmement raide et un peu trop enneigé à mon goût. Quand je réalise mon erreur, je fais demi-tour et reviens au refuge. Je marche ensuite jusqu’à l’étang de la Goueille (2393m). La suite se fait également hors sentier pour grimper au port de l’Albeille (2601m). La descente en Andorre se fait heureusement avec les crampons.

79-port-de-lalbeille

Je descends ensuite sur un sentier longeant les 3 lacs de Tristaina fréquentés par de nombreux randonneurs. Le guide suggère ensuite de suivre la route mais j’ai la chance de trouver un GR récent qui me mène à El Serrat (1560m) par un parcours plus sylvestre. Je prends 2 cocas à la terrasse d’un hôtel luxueux avant de repartir sur la 31ème étape du guide. Je monte jusqu’au refuge de Sorteny (1970m). Celui-ci fait l’objet de gros travaux. Je continue donc mon chemin pour trouver un espace où poser ma tente. Je m’approche vers l’endroit parfait mais rebrousse chemin quand je réalise que je viens de déranger un couple. Je repars à nouveau sur le sentier mais ne trouve aucun emplacement : il y a trop de végétation. De gros nuages commencent d’apparaître… Je traverse le torrent, grimpe au Pas de la Serrera (2231m) et vais me réfugier dans l’abri Serrera alors qu’une tempête de grêle s’abat. J’y passerai la nuit à l’abri des éclairs.

80-abri-serrera

81-abri-serrera

J26 – 7 août – cabane Serrera / couillade de Prédourrés (refuge pastoral de la Jasse de Brougnic)

L’orage aura duré toute la nuit. Je me motive pour sortir de la cabane le matin sous une grosse pluie et en plein vent. Je ne suis pas rassuré car je vais devoir monter en altitude dans la tempête. Après une montée difficile, j’arrive au Collada dels Meners (2713m d’altitude), descends rapidement dans la vallée de Ransol et rejoins l’abri de Coms de Jan (2218m) occupé par une colonie de vacances en détresse. Leurs tentes sont trempées et les enfants se sont réfugiés dans l’abri. En repartant, je me trompe de direction. Ayant retrouvé le bon chemin, je grimpe toujours sous la pluie et hors sentier (« au jugé » comme dit le guide) à un col (2450m). Je descends ensuite vers l’Estanyo del Querol (2300m) à côté duquel je trouve un refuge récent dans lequel je vais déjeuner. Transis de froid, j’essaye de fermer tous les volets du refuge. Je plonge ensuite en hors-piste dans un petit vallon pour rejoindre le vallon d’Inclès (1875m) et son camping qui selon le guide vend des provisions. J’aurai bien aimé en acheter mais le camping n’existe plus… Dommage ! La pluie s’est arrêtée de tomber, c’est déjà ça. Je commence donc la 32ème étape bis du guide qui est plus alpine et plus élégante que la 32ème classique (et permet d’éviter l’hyper consumériste Pas de la Casa). Je remonte le long d’un torrent en passant d’une rive à l’autre par des passerelles : c’est très joli ; et arrive à l’estany primer de Juclà (2285m). Je m’arrête au refuge tout neuf (encore en construction dans mon guide qui a 6 ans) et achète 1,5l de coca. Ça me remonte le moral après l’orage de la nuit et la pluie de la matinée. Je longe ensuite le lac, monte au col de l’Albe (2539m) et redescends en France.

82-estany-de-jucla

La progression se fait ensuite parmi de grosses roches. Je contourne l’étang de l’Albe (2355m), puis l’étang de Couart (2230m) avec difficulté. Je retrouve Christine avec qui j’avais discuté le 1er jour de ma randonnée. Nous décidons de camper près du refuge pastoral de la Jasse de Brougnic (2070m). Le berger arrive et nous passons la soirée à discuter avec lui : il y a toujours beaucoup à apprendre de ceux qui passent leur vie en montagne ! Il y aura de l’orage toute la nuit, mais je suis serein, je me suis habitué aux éclairs, à la pluie et au tonnerre. J’ai confiance en ma tente et sa réparation de fortune.

J27 – 8 août – Jasse de Brougnic / Lacs du Carlit

Au réveil, la tente est trempée, je commence ma journée sous la pluie. Je descends sur l’Hospitalet-près-l’Andorre (1436m d’altitude) en passant près du barrage du Baldarques. Dans une épicerie, j’achète deux chocolatines et commence de monter en direction du col de Puymorens alors qu’il bruine. Après une montée entre les sapins, je suis une piste jusqu’au col (1920m) et continue sur une chemin jusqu’au refuge pastoral du Cortal-Rousso. Le soleil commence de faire des apparitions. Je traverse ensuite une grande cuvette herbeuse, me repère en suivant un mini canal, puis emprunte un sentier jusqu’au col de Lanous (2468m) qui donne une vue sur l’étang du même nom (avec un « s » ou un « x » selon les cartes…). Il faut ensuite descendre en hors piste dans de grandes pentes herbeuses jusqu’au barrage. Comme je n’ai plus beaucoup de grip sous mes chaussures, je glisse dans la descente.

83-etang-de-lanoux

Je rejoins ensuite l’étang des Forats (2457m) et monte en direction du Puig Carlit par des pentes d’éboulis raides. J’arrive au col (2910m) dans le brouillard. Il y a un groupe de randonneurs qui montent au sommet (2921m). J’y arrive en même temps qu’eux. Comme il y a beaucoup de vent, je redescends rapidement par l’autre versant en restant vigilant dans les éboulis. Les paysages de lacs sont ensuite magnifiques ! Mais le vent et la pluie ne cessent pas. J’ai très froid… Je pose ma tente près des lacs et dîne sous la tente à cause de la pluie.

84-puig-carlit

85-lacs-du-carlit

86-lacs-du-carlit

J28 – 9 août – Lacs du Carlit / après Orri de Baix (réserve naturelle d’Eyne)

Je me lève alors qu’il fait très froid et reprends mon chemin en croisant de nombreuses personnes qui vont faire l’ascension du Puig Carlit. Les lacs du Carlit sont magnifiques ! Je rejoins ensuite le grand lac des Bouillouses (2020m d’altitude) où je m’arrête au refuge du Caf pour déguster une tarte à la myrtille.

87-lac-des-bouillouses

88-etang-de-la-pradella

Après les Bouillouses, sur la 34ème étape du guide, la suite du parcours est une ballade au calme parmi des petits lacs magnifiques comme l’étang de la Pradella (1955m). Je m’arrête à Bolquère (1620m) pour réaliser des achats. J’ai l’excellente idée d’acheter deux petites boites de foie de morue en me disant que c’est bon pour la santé. Je repars après avoir discuté avec un couple faisant le GR10 depuis plus d’un mois et arrive au col de la Perche (1581m). Au déjeuner, j’ai de grandes difficultés à finir la 1ère boite de foie de morue (Je finis par adopter la technique : une bouchée, un tuc, une gorgée de coca… et dire que j’en ai acheté deux boites!). Je passe au village d’Eyne (1574m) et entame la 35ème étape du guide. Un chien commence de me suivre. Je remonte la vallée d’Eyne par un sentier. Le chien m’apporte des pommes de pin que je lui lance. Je suis content d’avoir de la compagnie pendant quelques heures mais suis un peu embêté de l’éloigner du village. Les promeneurs que je croise me disent que mon chien est mignon… oups ! Un vieux monsieur m’explique que c’est le chien d’une bergère qui est habitué à descendre parfois en ville et à se promener dans la montagne sans sa maîtresse : tout va bien ! Je discute avec un couple qui fait un bout de HRP, je n’ai pas trop envie de parler de la fin du trek. Je pose ma tente à côté d’une rivière, me lave dedans, lave tous mes vêtements et les fais sécher au soleil. La soirée se finit par un bon repas.

89-eyne

J29 – 10 août – vallée d’Eyne / après le refuge de Mariailles

Je me lève : ma tente est sèche. Je monte au col de Nuria (ou d’Eyne) (2683m) et aperçois un randonneur avec un sac ultra-léger et un piolet qui semble faire la Transpyr. Je monte au pic d’Eyne (2786m) pour le plaisir.

90-pic-deyne

Je grimpe ensuite au pic Noufonts (2861m). La suite du parcours est une succession de cols, de crêtes et de pics sur la ligne frontière. Je croise beaucoup d’espagnols qui randonnent, certains équipés en traileur. Je passe le col de Noucreus (2796m), le col de Carança (2725m), le col de Tirapitz (2781m), le col de la Maranna (2535m) et arrive au refuge d’Ull de Ter (2220m). Comme je suis en forme et que les sentiers sont très fréquentés j’avance rapidement. Au refuge, je prends un coca et une pâtisserie typique de la région.

91-pic-noufonts

92-pic-noufonts

93-pic-noufonts

94-cirque-dull-de-ter

Je quitte le refuge et commence la 36ème étape du guide en montant au Porteille de Morens (2381m) pour repasser en France. Si le matin j’ai vu beaucoup de monde, ce sera le contraire l’après-midi. Cette étape traverse d’immenses plateaux à plus de 2000 m d’altitude.

95-pla-de-coma-ermada

96-pla-guilhem

Après avoir traversé le pla de Coma Ermada, je passe un col (2413m), longe la frontière jusqu’à un autre col (2412m) et dépasse la porteille de Rotja (2377m) qui mène en Espagne. Après avoir dépassé Collada del Vent (2229m), je me dirige vers le Pla Guilhem. La suite est hors piste. Je contourne de très loin un troupeau de moutons, ce qui n’empêchent pas 2 patous de me foncer dessus en aboyant. Je leur fais face en criant d’une voix grave mais dès que je fais mine de m’éloigner ils se rapprochent dangereusement en montrant les crocs. Je saisis mes crampons pour me défendre au cas où et recule calmement. Je finis par les distancer. Je fais une pause à l’abri du Pla Guilhem (2300m) pour me remettre de mes émotions et discute avec deux jeunes qui sont de la région et annoncent des orages à venir. Je descends ensuite le long d’une piste jusqu’au refuge de Mariailles (1718m). J’y achète un coca et demande où je peux poser ma tente. Le gardien m’indique un endroit en hauteur car un troupeau de vaches occupe l’aire de camping. Je pose mon sac et me prépare à dîner mais j’ai tout juste le temps de le finir que les vaches très curieuses viennent renifler mes affaires en passant par dessus les barrières que j’avais improvisé. J’ai trop peur pour ma tente et décide de reprendre la route en entamant la 37ème étape en direction du Canigou. Mais il fait vite nuit et les emplacements de ne sont pas légions. Je finis par monter ma tente à la lueur de la frontale en pleine forêt. Je ne suis pas rassuré. Une personne passant avec une lampe ne répond pas à mon bonsoir… J’entends le souffle d’animaux autour de la tente. Je crains que des sangliers déchirent sa toile.

J30 – 11 août – après le refuge de Mariailles / mine Formentera

Je marche en direction du Canigou avec l’espoir d’être au sommet avant qu’il n’y ait trop de monde. Un couple de traileurs me double en me disant que c’est normal que je n’aille pas vite vu la taille de mon sac comparé aux leurs. Je redouble d’effort, finis par les rattraper et les doubler dans la montée… non mais ! J’arrive à la brèche Durier (2696m) et monte le long de la cheminée en posant les mains. Voilà, je suis au sommet du Pic du Canigou (2784m). J’en avais fait le tour lors de l’un de mes premiers trails. Je descends par l’autre versant en croisant de nombreux randonneurs et arrive au refuge des Cordalets (2150m). J’y discute avec un animateur qui raconte des contes aux touristes.

97-pic-du-canigou

Le sentier qui suit est magnifique. Je discute avec deux jeunes femmes qui randonnent et m’arrête à côté d’une cascade pour faire une lessive express (durant cette randonnée, je lavais chaque jour mes affaires en faisant sécher mon linge sur le sac à dos durant la journée). Je m’arrête à l’abri de Pinatell (1650) pour le visiter. Il est magnifique : tout en bois. Je continue le sentier et dépasse la maison forestière de l’Estanyol (1479m). Après le col de la Cirère (1731m), j’arrive au gîte de Batère (1450m) qui offre un bain suédois. J’y achète une salade de fruit et recharge la batterie de mon téléphone et discute équipement avec un couple de randonneurs qui terminent le GR10 après être partis à la mi-juin et ont auparavant traversé les Alpes depuis la Slovénie en 4 mois. Je repars et commence la 38ème étape du guide en marchant jusqu’à la tour de Batère (1429m). Je descends ensuite jusqu’au col de Formentera (1133m) et pose ma tente au milieu des mines en ruine du même nom (1120m). La vue sur la vallée est très jolie. Seul dans la montagne, j’entends au loin la musique d’une fête de village.

J31 – 12 août – mine Formentera / col Priourat

Je descends au col de la Reducta (875m d’altitude) puis fais un petit peu de hors piste pour arriver au village d’Amélie-les-Bains où j’achète des vivres et des croissants géants. Je sors avec difficulté du village car le guide fait référence à un garage qui n’existe plus. Je commence la 39ème étape de celui-ci en longeant les ruines d’un hôpital. Je monte au roc de Frausa Oriental (1450m) alors que l’orage gronde au loin. Je passe le col du Puits de la Neige (1250m) et descends à l’hermitage de Las Salinas qui est fermé. Je vais voir le sanctuaire (une source) et quitte l’endroit alors que des touristes italiens dans de gros 4×4 arrivent sur la piste dans un nuage de fumée. Je marche avec un groupe de 4 jeunes qui font une partie du GR10. Je fais une pause au gîte de Las Illas (550m), prends une douche et parle de la HRP avec un jeune allemand qui s’apprête à la faire à l’envers. Je quitte le village en empruntant la 40ème étape du guide annoncée comme la moins intéressante de toute… Je passe devant un camp naturiste avec plein d’écriteaux bizarres. Je marche beaucoup en cherchant un endroit où passer la nuit. Je suis moins à l’aise de ne plus être en montagne. Je dîne à un endroit où arrivent de petits sangliers. Je reprends la piste et finis par me coucher à 22h15 (ce qui est tard sur la HRP !) après que l’arceau de ma tente ait cassé à un autre endroit (il est temps que le trek se termine pour elle!).

J32 – 13 août – col Priourat / col Fourmigou

Je commence la journée par visiter des vestiges romains puis passe au village frontière du Perthus (280m d’altitude). L’ambiance y est un peu particulière : les gens remplissent leurs caddies de bouteilles d’alcool. Après une trentaine de jours passés en montagne, je me sens en décalage… Je monte au col de l’Ouillat (936m) et fais une pause dans le chalet restaurant en discutant avec un couple de randonneurs qui partagent mes impressions sur la ville que je viens de quitter. Je demande conseil pour un emplacement où poser ma tente et entame la 41ème étape du guide en montant au pic Neulos (1256m) et descends au refuge de la Tagnarède (1045m) que je visite par curiosité. Je suis ensuite la ligne de crête jusqu’au col del Faig (988m), marche jusqu’au col de l’Orry (974m) et monte au col de l’Estaque (1023m). Je continue sur la crête frontière jusqu’au Pic des Quatre Termes (1156m). Je ne trouve pas d’emplacement pour ma tente : il y a trop de pentes, trop de vaches ou trop de végétation… Je continue de marcher jusqu’au Pic Sailfort (981m) et finis par poser ma tente  au col de Fourmigou (500m) en essayant de l’abriter du vent. Ce sera ma dernière nuit sur la HRP.

J33 – 14 août – col Fourmigou / Banyuls

Le lendemain, je descends au col des Gascons (386m) puis au col de Llagastera et arrive en 2h de marche à Banyuls-sur-Mer. Je marche jusqu’à la mer Méditerranée et trempe mes mains dans l’eau comme il y a déjà 1 mois… Je m’allonge un peu sur la plage et vais acheter un billet de TGV pour Paris à la gare. J’ai juste le temps de dévaliser une supérette avant de prendre mon train. Je suis content d’avoir accompli ce périple en autonomie quasi complète, la majorité du temps sous tente. Cela m’a permis de prendre confiance en mes capacités d’orientation. C’est aussi un très bon entraînement physique et mental.

98-trabuco-after-hrp

et déjà l’envie de repartir…

Préparation

C’est une volonté d’allégement combinée avec un soucis d’économie qui a déterminé la constitution de mon sac (Cilao Izi 57 de 1295g). J’ai choisi une tente de 840g (Vaude Power Lizard Sul 1p) et gardé mon sac de couchage de 1180g (Rab Q600 endurance pour un confort de -12°C) combiné avec un matelas (Thermarest Neoair xlite de 350g).

Pour l’alimentation, je suis parti sur une base d’un plat lyophilisé MX3 aventure (entre 115 et 170g l’unité) accompagné de 100g de spaghetti et d’un sachet de thé pour chaque soir, tandis que le matin je mangeais une pom’pote et du muesli. J’ai fonctionné sous la forme de 3 périodes de 10 jours. Pour chaque période, j’avais prévu en plus 1 boîte de sardines, 1 paquet de Tuc et 1 tube de lait concentré. J’ai récupéré en poste restante les 2 colis correspondant aux périodes 2 et 3 dans lesquels je disposais aussi d’un slip, d’une paire de chaussettes et d’un t-shirt propres, d’un rouleau de papier toilette, d’un savon et de piles de rechange pour le gps. J’ai donc commencé la randonnée avec une base de nourriture pour 10 jours ; en réalité 4 jours de sandwichs pour le midi. Pour chauffer les aliments, j’ai pris un réchaud omnifuel de Primus (440g), une bouteille d’1 litre (170g) d’essence blanche (1kg) et une cartouche de gaz de secours (que je n’utiliserai pas : 230g).

Pour l’eau, j’ai très vite fonctionné avec deux bouteilles de coca : une de 2L et une de 50cl (facile d’accès, ne nécessitant pas d’enlever le sac).

Pour l’hygiène, je disposais d’une moitié de serviette microfibre décathlon, d’un savon d’Alep, d’un dentifrice bio (les 2 pouvant être rejetés en rivière), d’un déodorant et d’une demi brosse à dents. J’avais prévu une mini pharmacie mais rendue inutilisable avec l’humidité, je l’ai jeté la 1ère semaine. Je n’ai gardé que la crème solaire et un stick à lèvres.

Je portais sur moi un short, un t-shirt et une paire de lunettes de soleil avec dans le sac un change complet, un buff, un pantalon de pluie (surpantalon raidlight 250g), une veste Millet en Goretex (700g) et une polaire (Arc’teryx Delta SV 498g).

J’ai choisi de porter des chaussures de trail et la veille du départ j’ai acheté une paire de crampons Grivel G1 new classic / antibott (745g), après avoir appris de la gendarmerie de Gavarnie que la HRP était enneigée cette année.

Je suis parti avec des photocopies de la dernière version du guide de Georges Véron de 2007 qui comprend des indications générales ainsi que des reproductions de carte. J’avais également un gps (Garmin Foretrex 401) disposant d’un altimètre barométrique sur lequel j’ai pu enregistrer en saturant la mémoire 5 points par étape ainsi que pour 10 étapes la trace réalisée par un randonneur. Pour l’orientation, je me suis très vite rendu compte que des cartes pour chaque portion du parcours auraient été nécessaires. J’ai également pris un petit appareil photo avec une batterie de rechange, un smartphone pouvant être rechargé avec un capteur solaire, un stylo et un recueil du Nouveau Testament et des Psaumes (meilleur rapport volume & poids/ quantité de lecture).

Merci de partager si vous avez aimé